Comment en es-ton arrivé là?
La croissance urbaine mise en cause dans les inondations
Pas de plan d’aménagement urbain à Dakar. Il y a 50 ans, Dakar était une presqu’île triangulaire entourée de marécages, connue sous le nom de « Cap Vert ». Les environs, où dominait autrefois la couleur verte, sont aujourd’hui majoritairement gris, depuis qu’une sécheresse, survenue dans les années 1970 et 1980 dans le Sahel, a poussé les habitants des régions rurales à s’installer dans les parties basses et inondables des alentours de la ville, malgré les règlements interdisant la construction dans ces zones.
« L’Etat n’a pas vraiment pris de mesures strictes pour rendre effective l’interdiction d’occupation de ces terrains inadaptés à l’habitat », a déclaré M. Mbow. A présent, 95 pour cent de la région de Dakar, qui comprend les districts de Pikine, Rufisque et Guédiawaye, sont couverts de constructions et de routes qui bouchent les cours d’eau et les bassins naturels.
D’après Malick Faye, urbaniste au Conseil régional de Dakar, les graves inondations qui ont eu lieu dans le quartier de Wakhinane à Guédiawaye – où les habitations ont été construites au niveau de la nappe phréatique – sont un exemple révélateur d’un problème plus vaste.
« La nappe phréatique était autrefois très basse, mais maintenant que les précipitations sont revenues, l’eau a retrouvé son niveau naturel. Aujourd’hui, cinq minutes de pluie suffisent à provoquer une inondation », a-t-il expliqué à IRIN.
A l’heure où des équipes de réponse d’urgence pompent l’eau qui a envahi certains quartiers de Dakar, les experts s’accordent tous pour dire que la seule solution serait de reloger les habitants.
« On ne peut pas se battre contre le trajet de l’eau », a déclaré M. Mbow. « Pendant que l’on pompe, l’aquifère rétablit le niveau de l’eau. Il faut évacuer les habitants et s’assurer que personne ne viendra s’installer à leur place ».
De nouvelles villes. En réponse aux inondations qui avaient dévasté Dakar en 2005, le gouvernement a lancé un programme de relogement intitulé « Plan Jaxaay », qui visait à installer les victimes des inondations dans une zone située à 25 kilomètres à l’est de la capitale.
Le gouvernement a construit 1 793 logements de deux pièces – sur 3 000 prévus – ainsi que trois écoles primaires, un collège d’enseignement moyen, une école maternelle et un poste de police.
Aliou Ba, habitant de la Cité Jaxaay et instituteur à la retraite, est satisfait de sa nouvelle maison. « Je préfère vivre dans la cambrousse que les pieds dans l’eau en ville », a-t-il déclaré. « Le seul problème, c’est qu’il n’y a pour l’instant ni électricité ni eau courante ».
Pour Chimère Diallo, coordinatrice terrain pour le Plan Jaxaay, le fait que 3 000 familles aient été relogées est un bon début, mais ce n’est pas suffisant, étant donné l’ampleur immense du problème de logement au Sénégal.
D’après M. Mbow, environ 1,6 million de personnes vivent dans les banlieues de Dakar, la densité atteignant 10 000 habitants par kilomètre carré dans certains quartiers.
En matière de relogement, l’effort à fournir est énorme, a affirmé M. Faye, du Conseil régional.
« Pour reloger 2 000 familles, il faut créer une nouvelle ville… et donc mettre en place tous les services et toutes les infrastructures nécessaires – électricité, eau, systèmes de drainage. Cela représente énormément de travail… Le Plan Jaxaay est une bonne chose, mais nous ne pouvons pas construire des maisons pour tout le monde en un an ».
Les habitants des banlieues de Dakar ont récemment manifesté pour exprimer leur lassitude face au manque de services et aux conditions de vie déplorables auxquelles ils sont confrontés.
M. Ndiaye, habitant de Guédiawaye, a déclaré : « Nous vivons dans des conditions atroces. Les inondations sont un problème qui pourrait être résolu par le gouvernement. Mais les politiques nous ont oubliés. C’est aussi simple que cela. Nous ne pouvons pas compter sur les hommes politiques. Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes ».
Source : Irin Sept 09
Photos : EF/Afrimages